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Retour sur l’imbroglio des droits TV du football français

Au début du mois, un accord a enfin été trouvé concernant la diffusion des championnats de Ligue 1 et Ligue 2 pour la fin de saison en cours. Mais comment les instances du football français et les diffuseurs en sont arrivés là ? Retour sur un épisode invraisemblable qui va modifier l’économie du football dans notre pays.

Tout commence en mai 2018. L’entreprise Mediapro remporte les principaux lots des droits de diffusion de championnats de France de Ligue 1 et Ligue 2 pour les saisons de 2020 à 2024 pour un montant annuel de 780 millions d’€, et détrône ainsi le diffuseurs historique, Canal+. Fondée au milieu des années 1990, cette société espagnole est en réalité détenue à plus de 50% par l’Etat chinois depuis 2018, via des fonds d’investissement. Mediapro n’en est pas à son premier coup d’essai puisque quelques mois plus tôt, elle obtient les droits de la Serie A, le championnat italien. Néanmoins, faute de garantie financière suffisante, ce succès est invalidé par le système judicaire transalpin.

En septembre 2020, alors que Mediapro retransmet ses premiers matchs de la saison via sa chaîne Telefoot, le nouvel acteur du foot français est assigné en justice par Canal+, qui estime avoir été lésé dans la répartition des droits TV, pour « abus de position dominante ». En octobre, Mediapro cesse de payer la Ligue de Football Professionnelle et demande à renégocier les droits actuels. En effet, le diffuseur espagnol affirme le contrat a été “établi dans des conditions qui n’ont rien à voir avec la situation actuelle”, notamment sur les recettes publicitaires qui sont en baisse en pleine période de pandémie mondiale. La LFP maintient sa position et refuse de renégocier le contrat. Cela commence alors à mettre en difficulté les clubs de L1 et L2, dont le budget annuel est, en grand partie, basé sur le versement de ces droits TV. D’autant que la LFP a fait l’improbable erreur de ne pas s’assurer en cas de défaut de paiement.

Quelques jours plus tard, Canal+ obtient du Tribunal de Nanterre de pouvoir saisir les avoirs de Mediapro en France. L’audit financier prévu à l’occasion de cette tentative de conciliation entre les deux parties, met en exergue l’échec de la stratégie de Mediapro. Le diffuseur ne compterait ainsi qu’environ un demi-million d’abonnés alors que son objectif initial était de 3,5 millions. Pour rappel, le prix de l’abonnement était de 25,90€. Un tarif très (et trop) important pour une chaîne dont l’offre ne tournait qu’autour du football français.

Mi-décembre, le verdict tombe : la conciliation aboutit et donne lieu au retrait de Mediapro. Le diffuseur accepte de payer 100 millions d’€ d’indemnité et renonce ainsi à ses droits en échange de l’absence de poursuite judiciaire.

La LFP entend ensuite répartir les droits laissés vacants par Mediapro, via un nouvel appel d’offre … auquel ne répond ni Canal+, ni Bein Sport, ni RMC Sport. Aucune des autres propositions n’étant jugées suffisantes, celui-ci est donc infructueux. Finalement, un accord est trouvé début février, et Canal+ récupère l’intégralité des droits de L1 et L2 pour 35M€ supplémentaires (en plus des 330M€ déjà versés). Mediapro diffuse son dernier match le 7 février, à l’occasion d’OM-PSG et cesse d’émettre. La baisse des revenus télévisuels des clubs de L1 est ainsi établie à -49% (-40% pour ceux de L2).

Des doutes persistent désormais sur le mode d’attribution des droits des saisons à venir. Verra-t-on un nouvel appel d’offres avoir lieu ou cela sera-t-il décidé via des deals en gré-à-gré ? Réponse avant l’été.

LC