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Amazon débarque sur le marché des droits TV du football français

En février dernier, nous vous racontions l’invraisemblable séisme qui avait frappé l’économie du football français avec le retrait de Mediapro. En effet, ce nouveau diffuseur n’avait finalement pas fait long feu, puni par une politique tarifaire (un abonnement à 25€/mois) bien trop élevée au vu de la relative faiblesse du produit proposé. Les fans de foot avaient alors été rebutés par cette offre et très peu s’étaient abonnés à la chaîne (entre 400 et 600 000 sur un objectif de 3,5 millions au départ du projet). Pris à la gorge, Mediapro avait tenté de renégocier le montant des droits obtenus (1,2 milliards d’euros au total, dont 780 millions provenant de Mediapro), mais la Ligue de Football Professionnelle s’y était opposée. À l’époque, Canal+ était venu à la rescousse et avait empoché le droit de diffuser le dernier tiers de la saison de Ligue 1.

Le vendredi 11 juin dernier, les résultats de l’appel d’offres pour récupérer les droits de diffusion laissés vacants par Mediapro ont été dévoilés. Et c’est un nouveau venu qui s’est imposé, au détriment du duo Canal+/BeIn Sports ! Mais il est loin d’être inconnu comme l’était Mediapro, puisque c’est Amazon qui se voit offrir le droit de retransmettre 8 matchs de Ligue 1 par journée pour les 3 prochaines saisons. Amazon devra s’acquitter de 250 millions par an, auxquels devront s’ajouter 9 millions pour 8 matchs de Ligue 2. Avec les 350 millions que Canal+ est censé payer pour les deux matchs restants de Ligue 1, les 42 millions de Free pour les droits mobiles, et les 32 millions provenant de BeIn Sports pour deux matchs de Ligue 2, la somme totale devant rentrer dans les caisses de la LFP serait de 665 millions d’euros par an jusqu’en 2024 donc. Avec la proposition conjointe de Canal+ et BeIn Sports, la LFP aurait pu toucher une somme légèrement supérieure (673 millions), mais cela était conditionné par la validation de bonus qui n’étaient pas garantis. La LFP a donc choisi la sûreté des sommes fixes proposées par Amazon.

Notons qu’Amazon n’en est pas à son premier coup d’essai sur le marché des droits sportifs. En février, le plus puissant « libraire » du monde avait tenté de rafler les derniers matchs de la saison. Mais surtout, Amazon a remporté le droit de diffuser 10 sessions de nuit du mythique tournoi Roland-Garros pour la première fois en 2021. Chez nos voisins, la compagnie de Jeff Bezos détiendra également plusieurs affiches de Ligue des Champions en Allemagne et Italie dès la saison prochaine.

Aparté clos, revenons à nos moutons. Car l’histoire ne s’arrête pas là. Dans la foulée de cette annonce, Canal+, vexé d’être de nouveau mis de côté, a carrément annoncé se retirer totalement de la retransmission de la Ligue 1. “Après l’échec du choix Mediapro en 2018, Canal+ regrette la décision de la Ligue de Football Professionnel (LFP) de retenir aujourd’hui la proposition d’Amazon au détriment de celle de ses partenaires historiques Canal+ et beIN Sports. Canal+ ne diffusera donc pas la Ligue 1“. Les dirigeants du groupe appartenant à Vivendi, avaient d’ailleurs prévenu les instances du football français via Maxime Saada, président du directoire de Canal+, que le groupe se retirerait si son offre n’était pas retenue.

Alors nouveau coup de poker de Canal+ pour forcer la LFP à négocier, retrait temporaire, ou adieu définitif du diffuseur historique du championnat de football français ? Ce qui est certain, c’est que cette histoire n’est pas encore arrivée à son terme, et de nouveaux rebondissements pourraient alimenter l’actualité sportive et médiatique dans les semaines et mois à venir.

LC