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Vers une nouvelle chronologie des médias

Dans les années 80, la chronologie des médias est mise en place par le SMAD (service des médias audiovisuels), et définit très clairement l’ordre et les délais d’exploitations d’une œuvre cinématographique. Ainsi, après sa diffusion dans les grandes salles, une œuvre doit attendre un certain temps avant d’être disponible en vente (DVD), à la télévision, sur les plateformes de streaming ou en ligne. Cette règle est donc indispensable à la bonne exploitation des films en salle de cinéma, et permet notamment la bonne fréquentation et le fonctionnement de ceux-ci. Cette chronologie se fait respecter depuis sa création or, de récents événements viennent la bouleverser…

En mars 2020 les salles de cinéma ferment suite aux restrictions concernant la Covid-19. Les sorties cinématographiques prévues en cette période sont stoppées, mettant toute une industrie en pause. Le CNC prend alors la décision de permettre un remaniement de cette règle, en mettant les films à disposition du public directement sur les plateformes SVOD, ce qui entraîne certains bouleversements et nouvelles opportunités dans le secteur de l’audiovisuel.

Par exemple, durant la pandémie, Disney décide de sortir son film Mulan, ou encore sa nouvelle animation Luca, directement sur sa plateforme Disney+, sans attendre que les salles ouvrent à nouveau.

Ainsi, de nombreux films sont disponibles directement sur leurs plateformes respectives, ce qui remet en question et bouscule cette règle de la chronologie des médias.

Quelque temps après le « retour à la vie normale », Disney revient sur ces bouleversements et annonce qu’il songe à stopper les diffusions de ses créations en France, car il souhaite les rendre disponibles directement sur les plateformes SVOD, et contourner la chronologie des médias. En effet, chez nos amis Hollywoodiens, le délai est très court entre les sorties en salle et à la TV. Cette nouvelle n’annonce rien de bon pour nos cinémas qui voient déjà leurs recettes chuter, notamment pour les indépendants qui misent la plupart de leurs entrées sur de gros blockbusters…

Jusqu’ici, le groupe aux grandes oreilles ne confirme pas encore cette décision, ce qui laisse le temps de revoir ces arrangements et de trouver une alternative qui convienne à tout le monde.

La semaine dernière, c’est Canal+ qui décide de concrétiser ces arrangements, jusqu’ici temporaires, en signant un nouvel accord inédit avec le cinéma. Le groupe peut désormais proposer des films sur ses chaînes six mois après leur sortie sur grand écran (au lieu de trois ans) dès 2022 ! Cette stratégie plus que favorable à la chaîne, lui permet également de bénéficier pendant neuf mois de l’exclusivité sur ses films. En contrepartie, Ciné+ s’engage à financer l’industrie du cinéma français pendant trois ans, à un montant de 200 millions d’euros (A noter que Netflix, Disney+ et Amazon Prime video devraient prochainement financer la création de films français en versant entre 50 et 80 millions d’euros par an).

Ce privilège s’applique également à MyCanal, service SVOD du groupe, qui pourra donc proposer une diffusion des films, après leur passage sur les chaînes Canal.

Mais alors QUID des autres têtes de la SVOD ?

A partir de 2022, les grands Amazon prime vidéo, Netflix ou encore Disney+ devront attendre 15 mois avant de pouvoir proposer les films après leurs sorties au cinéma (soit juste après le contrat d’exclusivité de Canal).

Ces arrangements mènent à des négociations plus qu’intéressantes entre le CSA et ces géants de la SVOD, qui acceptent de contribuer à la création de séries, films et programmes français et européen. En tant que plus gros portefeuille dans le domaine, Netflix sera le plus gros contributeur, suivi de près par Amazon prime vidéo.

Avec tous ces bouleversements, on peut alors se poser des questions sur l’avenir des chaînes TV gratuites. On peut déjà prendre en compte le fait que la fusion TF1/M6 pourrait être avantageuse en termes d’exclusivité sur leur fenêtre de diffusion unifiée…

Ces chaînes qui avaient l’avantage sur les plateformes digitales, avec un droit de diffusion allant de 22 à 30 mois après les sorties en salle, vont désormais se retrouver à proposer les créations en même temps que leurs concurrentes, voir plus tard…

Tous ces changements sont attendus pour début 2022, et vont bouleverser cette chronologie jusqu’ici intouchable…

 

LP