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18
Mar

Brave New World EP03 : à l’ère de la géopolitique des données, le vieux continent, bientôt obsolète ?

Après nous, le déluge de données. A l’ère du cloud, c’est une réalité inéluctable. Et pour que la vie privée des citoyens ne devienne pas une catastrophe aux proportions bibliques, la légende raconte que l’UE nous aurait donné le RGPD. Pour la petite anecdote, les mots “vie privée” (“privacy”) n’apparaissent que dans une annexe du texte. Le RGPD est donc souvent interprété dans une autre optique : celle d’une inquiétude géopolitique vis-à-vis des acteurs chinois ou américains (spécifiquement visés même dans les discours d’Emmanuel Macron), qui pourraient peu à peu contrôler les ressources digitales européennes. Sur le plan de l’économie digitale, l’Europe se trouve dépourvue de sa gloire d’antan. Dans ces conditions, doit-t-elle utiliser le droit comme un outil pour lutter contre les opérateurs étrangers ? Et pour l’adtech, les effets sont-ils ceux escomptés ? Presque un an après l’entrée en vigueur de la loi, qui sont les gagnants et les perdants du RGPD ?

“C’est l’économie, idiot !”

Lorsque l’on se réfère au RGPD, nous sommes habitués à un discours portant sur les droits fondamentaux de l’homme, dont celui à une vie privée. Cette justification est parfaitement cohérente avec la tradition européenne, notamment puisque la protection desdits droits est souvent invoquée comme raison principale de la fondation de la communauté européenne. Mais tant pour le RGPD que pour la création de l’Union Européenne, l’argument principal a toujours été d’ordre économique.

A travers cette loi, l’Europe non seulement habilite les instances réglementaires mais s’érige aussi en leader capable de définir les règles du jeu au niveau global. Selon un rapport de l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales) publié l’été 2018, il y une tendance mondiale à la multiplication des mesures de localisation des données dans les dispositifs législatifs nationaux. Ce n’est point étonnant que la “digital sovereignty” devient de plus en plus stratégique dans un contexte dans lequel la libre circulation des données est vitale et la qualité de ceux-ci l’emporte sur le plus sophistiqué des algorithmes.

Néanmoins, selon le même rapport, le débat autour du RGPD a pourtant éludé des questions fondamentales. Parmi celles-ci, les conséquences technologiques et industrielles de la réglementation. De nombreuses voix ont suggéré que cette loi n’était qu’une réponse juridique qui ne servira à rien tant que des acteurs industriels européens capables de concurrencer les GAFAM n’émergent pas. En revanche, le rapport Villani paru fin 2018 parvient à une conclusion différente. Selon celui-ci, ce n’est pas grâce à un “Google européen” que la France et l’Europe pourront se faire une place sur la scène mondiale de l’IA mais surtout à travers “une politique offensive visant à favoriser l’accès aux données”. Cette différence de point de vue nous amène à constater que l’UE a effectivement opté pour cette deuxième option en allouant ses ressources “à l’élaboration d’un outil réglementaire plutôt qu’à susciter une dynamique industrielle, et, ce faisant, consomme des moyens sans provoquer pour l’instant d’effet d’accélération technologique”.

Quel impact du RGPD jusqu’ici ?

Même avant l’entrée en vigueur de la réglementation, la voix d’experts attirait notre attention sur le fait que la loi aura un impact disproportionné sur les petites et moyennes entreprises, plutôt que sur les grandes plateformes que le RGPD vise d’abord.

Selon une étude menée par le navigateur web Cliqz et reprise par TechCrunch, le nombre de tracking cookies a effectivement diminué en Europe entre avril et juillet 2018, à la suite de la loi en question. Les résultats de cette étude sont basés sur l’analyse du top 2000 des sites visités par les Européens. Les chercheurs observent donc une réduction des tracking cookies déployés par l’ensemble des sites, toutes catégories confondues. Deux exceptions : les sites des banques qui ont accru leurs ad trackers et les sites pour adultes, pour lesquels aucun changement n’a été observé. En comparaison avec les États-Unis, la même étude montre que sur la même période, le nombre des tracking cookies déployés aurait accru outre-Atlantique. En revanche, les enseignements de cette étude viennent aussi confirmer les craintes des décideurs politiques européens puisque le reach (utilisé ici comme indicateur de la part de marché) des acteurs plus petits aurait baissé.
Google remporte pour l’instant le jeu de la conformité au RGPD et ce, toujours au détriment des plus petits acteurs.

Source : TechCrunch

Chose intéressante, depuis l’entrée en vigueur de la réglementation, Facebook et Apple, quant à eux, ont fait campagne pour l’adoption d’un RGPD américain comme un outil juridique nécessaire pour garantir les droits des citoyens (ce n’est pas sans ironie que les cadres de Facebook mettent en avant l’argument de la vie privée). Des géants comme ceux-ci ne répètent pas les erreurs du passé. Au fil du temps, les forces de l’ordre américaines ont exercé d’importantes pressions sur ces entreprises afin de gagner accès aux devices ou comptes des utilisateurs, en évoquant toujours comme argument suprême la “sécurité nationale”. Or, un dispositif comme le RGPD pourrait à l’avenir exonérer des entreprises comme celles-ci de l’exercice de se justifier devant les autorités, d’expliquer pourquoi ils refusent l’accès aux données de leurs clients.

AE