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24
Jun

Les Français, méfiants à l’égard des médias d’information ?

24%, c’est le nombre d’individus interrogés par l’Institut Reuters et Yougov dans une étude publiée début 2019, ayant répondu avoir confiance dans les médias d’information en France. 24%, c’est également le pourcentage le plus faible d’Europe.

Riche en actualités puisque marquée par le mouvement des « Gilets Jaunes », la Coupe du Monde ou encore l’affaire Benalla, l’année 2018 semble avoir accentué chez les Français le sentiment déjà présent de défiance et de lassitude à l’égard des médias d’information. Pourquoi une telle tendance et surtout, comment se traduit-elle dans les usages de la population française ?

Vers une méfiance accrue des médias historiques pour s’informer ?

Selon cette même étude, les Français seraient, dans l’ensemble, plutôt satisfaits de l’efficacité des médias d’information. 62% affirment en effet qu’ils se sentent bien informés, aussi bien sur les sujets de fond ou actualités bouillantes et 51% estiment que les médias aident à une bonne compréhension des faits.

Pourtant, les médias historiques sont de moins en moins utilisés, avec en tête la télévision qui accuse une forte baisse, passant de 84% en 2013 à 71% d’utilisateurs en 2019. Il en va de même pour la presse qui chute de 46% à 18%. Le baromètre annuel du quotidien La Croix mené par Kantar depuis plus de trente ans et dont la dernière édition a été publiée début 2019, confirme cette tendance. L’utilisation d’Internet, elle, qui arrive en seconde position dans les deux études, stagne. La confiance accordée à ces médias, principalement historiques, est en chute libre. La radio, média où la confiance est la plus forte depuis trente ans, atteint un point historiquement bas selon le baromètre Kantar de 2019, avec 50% d’interrogés estimant ce média crédible (soit -6 points en un an). La presse arrive seconde avec 44% (-8 points) et est suivi par la télévision, avec 38% (-10 points). Internet arrive en dernière position avec 25% mais là encore, est stable.

Pourquoi une chute de tous ces indicateurs ? Deux raisons se dessinent, la première étant la manière dont est traitée l’information et la seconde, la façon dont elle est relayée. D’après le baromètre Kantar, il y aurait en réalité eu un regain d’intérêt pour l’actualité en 2019. 67% des Français auraient déclaré suivre les nouvelles avec intérêt, soit 5 points de plus que l’année précédente, notamment en raison d’événements forts et engageants comme les « Gilets Jaunes », l’affaire Benalla, l’attaque terroriste sur le marché de Noël de Strasbourg ou encore la Coupe du Monde de Football. Toutefois, tous les sujets n’auraient pas été tous traités correctement selon les Français. La Coupe du Monde, l’affaire Benalla ainsi que l’héritage de Johnny Hallyday auraient été surmédiatisés. Par ailleurs, seulement un tiers des interrogés ont répondu avoir été satisfaits du traitement du mouvement des « Gilets Jaunes ». 67% estiment que les événements liés à ce mouvement ont été dramatisés tandis que seulement 4/10 individus ont affirmé que les médias avaient permis une bonne compréhension du sujet. Finalement, selon les Français, ce sont principalement les événements à forte portée émotionnelle comme les attentats qui restent les mieux médiatisés. Enfin, un quart des individus interrogés estime que les journalistes sont influençables. La chaîne BFM TV illustre ces tendances, relayant l’information en continu et ayant fortement couvert le mouvement des « Gilets Jaunes ». Elle voit ainsi son indice de confiance chuter depuis l’année précédente.

Finalement, ce qui a pu être constaté en 2018, c’est qu’avec la surmédiatisation de certains événements, les Français ont eu tendance à plus se tourner vers leur mobile (24% à 59% d’utilisateurs) selon l’étude Reuters, afin de connaître l’actualité dans les grandes lignes. La notification, par exemple, est passée de 6% à 16% entre 2014 et 2019. L’utilisation des réseaux sociaux a également été boostée par le mouvement des « Gilets Jaunes », notamment Facebook.

L’actualité et les nouveaux usages

Toujours selon l’étude publiée par l’Institut Reuters, Internet (incluant les réseaux sociaux) serait le second média le plus utilisé pour accéder à l’information et demeurerait stable entre 2013 et 2019, passant de 68% à 69% d’utilisateurs. Les réseaux sociaux, quant à eux, passent de 18% à 42%. Ces médias sont donc en hausse en termes de nombre d’utilisateurs, à l’inverse des médias historiques, mais se révèlent être ceux dans lesquels les individus ont le moins confiance. Seulement 14% des interrogés affirment accorder leur confiance aux informations véhiculées par les réseaux sociaux. Elles seraient biaisées par les algorithmes filtrants des plateformes et les théories fondées de toutes pièces.

Contre toute attente, les plus jeunes générations, qui utilisent énormément les réseaux sociaux et Internet, semblent aussi méfiantes à l’égard de ces derniers. C’est ce que montre l’étude « Ecole et citoyenneté » publiée par le Conseil National d’Evaluation Scolaire en février 2019. Sur 16 000 élèves de 3ème et de Terminale interrogés, la TV arrive en tête des sources d’information les plus utilisés (92% pour les 3èmes et 89% pour les terminales), suivie de près par l’entourage (83% et 90%) et les réseaux sociaux (71% et 84%). Viennent ensuite les journaux en ligne qui plaisent plus aux plus âgés (66%), les vidéos en ligne, la radio, les autres sites web et enfin, la presse. Pourtant, tous les médias online suscitent moins de confiance que les médias offline à l’égard de ces cibles. Arrivent nettement en dernière position en termes de confiance, les réseaux sociaux (27% et 24%). L’entourage est premier (82% et 77%) et est suivi de la TV (75% et 62%), les journaux papiers (71%), la radio (69% et 67%) et les journaux en ligne (51% et 62%).

Si la confiance à l’égard des médias online fait pâle figure, cela est sans doute dû aux fake news et à la désinformation générées par la naissance d’une multitude de sites d’information, parfois non fiables. Un Français sur deux serait confronté aux fake news au moins une fois par semaine selon le baromètre Kantar. Phénomène accru en 2017 lors des élections présidentielles ou en mai 2019 avec les Européennes, la désinformation est devenu un enjeu national, poussant les acteurs du secteur des médias à se mobiliser. Par exemple, le quotidien Le Monde a lancé son extension Décodex en 2017 et Libération, après son entité Désintox dédiée au fast-checking, un type de moteur de recherche géré par des journalistes dénommé Checknews. Les chaînes France 2, LCI et BFM TV ont mis en place divers dispositifs de fast-checking tandis que le service américain Newsguard a annoncé en mai dernier son lancement en France. Ce dernier évalue les sites d’informations en fonction de leur fiabilité et informe les internautes sans pour autant bloquer le contenu.

Finalement, on assiste là à un paradoxe : les médias historiques semblent de plus en plus boudés tandis que les médias online, de plus en plus consultés, ne suscitent que peu la confiance des Français. Reste donc à suivre du côté des acteurs du milieu, comme les autorités de régulation ou les journalistes, quelles initiatives seront prises dans les mois à venir pour pallier la désinformation et la baisse de confiance des Français.

CA